• Dessin,  Peinture,  Textes

    Lumière

    Je ne lutte pas contre mes dessins, j’attends qu’ils m’appellent. Non pas que je baisse les bras ni même que je ne sois pas persévérante, mais ça n’est pas comme ça que ça se passe. Pas pour moi du moins. Je réalise aujourd’hui qu’il faut peut être y voir une posture que j’ai adoptée de manière générale. Si je puis être assez prompt au débat à l’argumentation au conflit si besoin sur bien des points, la création est pour moi un processus d’apaisement. Nécessairement. La pierre peut être rugueuse, ça n’est pas un problème pour moi. Froide parfois. Glissante souvent. Bien des choses se supportent, se contournent, non pas avec ruse mais avec intelligence et patience. Attendre de reprendre des forces, de reprendre ses esprits, pour finalement voir cette faille que l’on avait négligé et qui nous permettra d’avancer. Mes dessins sont comme des fantômes. Ils ne sont pas toujours disponibles, disposés. Et moi non plus. Lorsque ça arrive, je fais autre chose. Ou je commence un autre dessin, sans autre but précis que de chercher la lumière. Et ça donne ça.

    Lumière ~ Technique Mixte sur Bamboo Hahnemühle 265g ~ 24×32

  • Peinture,  Textes

    Lucifer Rising

    Ces peintures pleines de défauts, faites en dépit du bon sens, dans un mélange d’excitation et de désespoir. Mais où je parle néanmoins, qui me répondent néanmoins. Dois-je y voir un simple reflet de mes propres imperfections ? De ce désarroi mais aussi de cette obstination qui me caractérisent aussi ? Merci à elles en tout cas. Sans elles je suis beaucoup plus fragile.

    Lucifer Rising ~ Acrylique & Encre de Chine ~ 24×32

  • Textes

    « Spooky »

    Tu n’aimes pas faire les magasins. D’ailleurs tu n’aimes pas noël. À la fois c’est loin…enfin c’est ce que tu aimerais croire. Dimanche soir. Le téléphone n’a pas encore sonné. Étrange. Tu essaies de te rappeler la dernière fois que ta mère t’a appelé. Ce geste agacé de la main comme pour repousser une mouche qui n’existe pas et cette idée qui te fait frémir. Demain sans doute. Elle appelle souvent le lundi soir. La télécommande est loin elle aussi. Viendras tu cette fois-ci ? Tu sais combien cela ferait plaisir à ton père. La fatigue t’envahit. Tu balances la tête en arrière mais rien à faire. La mâchoire serrée, tu tires une longue bouffée sur cette cigarette. Tu sais d’avance que tes silences te trahissent. Non non non, je ne peux pas…tu sais…le boulot. La prochaine fois peut-être.

    Dimanche 6 Octobre 2019 21h18 ~ Brèves Fictions (extrait)

  • Peggy Ann Mourot,  Textes

    Comme un air de fin de vacances

    C’est lundi. C’est gris. Tu es rentré de vacances. Pas envie de finir de déballer ce sac dans le couloir qui signifierait à coup sûr la fin de l’insouciance. Encore moins de réfléchir à renouveler ton abonnement aux transports vraiment trop en communs de cette ville dont tu aimerais bien ne plus te souvenir. Ta moitié s’est barrée en laissant un post-it moisi. La mayo aussi. Tes voisins sont cons. Ils ont un animal bruyant que tu voudrais libérer et avec lequel tu pourrais même devenir pote tellement ils sont cons. La boulangère ne te sourit plus. T’as pas d’fric. Ou alors t’en as trop. T’aimes pas le vert sauf celui de ses yeux. T’aimes que le gris comme les miens. Tu te demandes si le t-shirt à rayures que tu as oublié à la rivière sera encore là l’année prochaine. Tu fermes les yeux et tu repenses à l’odeur de la pierre mouillée et chaude. Foutues cigales quand même.

    Tu ne trouveras peut être pas toutes les réponses aux questions qui te taraudent ici. Mais mes dessins racontent la vie, alors tu t’y retrouveras peut être.


  • Carnets,  Textes

    Le Fou ~ Acrylique & Encre de Chine ~ Dans le train, Février 2018

    Févier 2018. Je prends le train, comme souvent.

    Je sors mes pinceaux, prépare mes carnets, m’apprête à noircir du papier pour oublier, me concentrer, comme on avale des kilomètres pour s’éloigner, se rapprocher, d’ailleurs c’est exactement ce que je fais. Comme souvent.

    Un peu plus loin un homme me demande s’il peut me regarder peindre, comme souvent aussi. Je réponds que oui bien sûr, comme toujours.

    Les paysages défilent et au fur et à mesure que mon encre se dilue sa langue se délie. Il parle. Me parle. Beaucoup. Trop même. Je tremble un peu et j’essaie de rester concentrée. Je l’écoute, en essayant de faire en sorte d’entendre ses mots mais qu’ils ne fassent que me traverser. J’avance avec le train et les mots défilent avec le paysage. Du moins c’est ce que j’essaie d’orchestrer.

    Sa mère. Sa mère l’empêchait de dessiner. Sa mère jetait ses dessins, les détruisait, lui interdisait de dessiner, le punissait s’il le faisait. Il est à la fois très nerveux mais il ne semble pas y avoir de colère dans son propos. Un couple pas très loin observe et écoute la scène, un peu atterrés. J’ai l’impression que nous ne sommes que tous les quatre dans le wagon. L’ambiance est à la fois pesante, inquiétante et apaisante. C’est assez indescriptible. Je ne me souviens que de la lumière (comme souvent) assez criarde ce jour là. Presque trop lumineuse. Peut être que sa mère était dans ce soleil d’hiver.

    Le train est arrivée en gare, je me suis empressée de ranger mes affaires et le monsieur m’a remerciée pour tout. C’était fou.

    J’ai d’ailleurs appelé ce dessin “Le Fou”, mais ça n’est en aucun cas une référence au monsieur. Plutôt à la situation. le fou comme on pourrait le dire avec un accent anglais, parce que ni les règles ni les langues ne seraient respectées. Le fou comme le lapin le mur le temps l’après.

    Le Fou ©PeggyAnnMourot
    Le Fou framed ©PeggyAnnMourot

  • Expositions,  Textes,  Vidéos

    Exposition La Passerelle ~ Marseille ~ Mai-Juin 2019

    Il y a environ vingt ans, j’en avais un peu plus de vingt et je venais de temps en temps à Marseille.

    Je ne savais pas encore que je deviendrai par la suite libraire, je voulais être disquaire. Il faut dire que j’y passais une bonne partie de mon temps chez les disquaires. Chaque déplacement pour un concert était l’occasion d’une inspection méticuleuse des rayons de disquaires et libraires locaux. Si le concert était à Triffouilly-les-oies on fouillait la maison de la presse c’était pas grave. Et le pire c’est qu’on trouvait des trucs fous (parfois).

    Marseille, c’était pour moi le quartier du Cours Julien et une drôle de librairie qui s’appelait La Passerelle. Il y avait à l’étage un petit monsieur asiatique chez qui on allait chercher des tonnes de comics américains qui n’était pas encore traduits. Gégé le Chinois bien sûr pour ceux qui ont connu l’endroit.

    Pas très loin il y avait tout un tas de bouquinistes, des disquaires, et un disquaire en particulier que je ne connaissais pas encore personnellement, le Kaleïdoscope. Je ne savais pas que ce disquaire rééditerait plus tard le groupe dans lequel je sévissais à l’époque (autre sujet on verra une autre fois).

    Je ne savais pas non plus qu’un jour je ne serai plus libraire. Je ne savais pas qu’un jour le dessin deviendrait ma vie ou le contraire je ne sais pas toujours. Je ne savais pas que je me rapprocherai du disquaire du Kaleïdoscope. Que par son biais je rencontrerai l’homme que j’aime, un ami à lui et qui passait sa vie chez son disquaire donc. Bien évidement j’ai fini par venir vivre ici. Et figurez vous que je suis heureuse.

    Pour toutes ces raisons, exposer aujourd’hui à La Passerelle représente beaucoup pour moi. L’ancienne librairie est devenue Bar à Vins, ça me convient aussi je dois bien avouer. Alors voilà, c’est une petite exposition mais j’en suis un peu émue néanmoins. Elle a un goût de pèlerinage et de renouveau à la fois, de boucle avec le passé et de présent tranquille. Je la dédie donc à Fabrice Billard, le disquaire et à mon homme aka Johnny Ufo.


    Le vernissage c’est ce lundi soir de 18h à 20h et promis je serai moins bavarde !


    Exposition La Passerelle ~ Du 4 mai au 15 juin 2019
    26  Rue des Trois Mages 13006 MARSEILLE
    (du lundi au samedi de 18h à 1h)

    * PROLONGATION JUSQU’AU 15 JUIN *

    Exposition La Passerelle Peggy Ann Mourot

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    Le jour où j’accrochais mon exposition à La Passerelle.

    Kably – le maître des lieux – et ses amis jouaient de l’oud en buvant des cafés en fumant et en riant. Les lumières étaient éteintes mais le soleil dans l’arrière cour inondait la salle. Une de ces douces journées de printemps empreinte de torpeur estivale. Je crois qu’ils avaient fini par oublier la présence de cette fille accrochant ses dessins. C’était bien.
    Extrait, sonore seulement. Les images appartiennent elles à mon souvenir, je ne partage pas tout.
    Pour ce qui est de mes images à moi, elles sont encore sur les murs de La Passerelle jusqu’à cette nuit seulement.
    Si tu vas les voir cela me fera plaisir.

  • Encre de Chine,  Textes

    Underwater ~ Encre de Chine ~ 50×70 Encadré

    Juillet 2016. Je sombre complètement. L’encre de Chine me fait remonter à la surface. J’accrocherai le lendemain ce dessin dans ma salle de bain pour me souvenir chaque jour que la lumière est au dessus de l’eau. Puis j’ai déménagé et j’ai réalisé que je n’avais plus besoin de voir la lumière, qu’il me suffisait de la savoir présente. J’avais peint ce lavis, il m’avait aidée, nous étions quittes. Chacun avait fait sa part.
    Je l’ai encadré hier, il sera exposé pour la première fois ailleurs que chez moi lors de ma prochaine exposition.

    Underwater ©PeggyAnnMourot
    Underwater ©PeggyAnnMourot

    Ce dessin est aujourd’hui encadré en 50×70 et visible dans mon atelier.

    Pour toute demande de rendez-vous pour le voir, ou demande de renseignements ou de visuels, merci de me contacter par mail.



  • Encre de Chine,  Interviews,  Textes

    Miranda ~ A vision of William Shakespeare’s The Tempest

    “Je ne comprends pas, pourquoi ce dessin s’appelle t’il Miranda ?”

    Et bien…d’abord, il n’y a pas forcément à comprendre. J’appelle mes dessins comme je veux. Parfois il y a une explication et elle est évidente, pour moi du moins, parfois elle ne l’est pas et peu importe. On ne peut pas toujours tout comprendre, tout expliquer, ni dans l’art, ni dans la vie. La dissection permanente exténue la poésie. Parfois je sais exactement comment s’appelle le dessin que je suis en train de faire mais très rarement. La plupart du temps c’est le dessin lui même qui me l’avoue une fois celui ci terminé. Parfois, ce sont les mots d’une autre personne en le voyant qui me mettent sur la voie. Peut être n’avais je pas été assez à l’écoute pour ne pas voir l’évidence ? C’est possible. Dans ce cas j’en prends note mais pas ombrage. Mes dessins sont libres, ils ne m’appartiennent pas totalement. S’ils n’ont pas envie de tout me livrer c’est leur droit. Les dessins sont un peu comme les chats. Tu peux les approcher, les toucher, vivre avec, jamais les posséder totalement. Moralement je veux dire. Ni moi ni personne. Ce qui par extension m’amène à cette évidence : nous ne possédons rien.
    Pour en revenir à mes dessins et à leurs noms, il peut se passer des mois sans que je sache comment ils se nomment. Il faut être patient. Sensible.
    Dans le cas de Miranda, c’est le texte de Shakespeare et ce personnage en particulier qui m’ont beaucoup marquée. Et ce tableau de Waterhouse que j’aime tant. Les deux sont en moi depuis toujours ou presque. Et puis, un jour, la tempête déboule sans que rien ne le laisse présager. Je suis là, sur la rive, je suis Miranda, la vague et la tempête à la fois. Je suis le dessin.
    C’est peut être ça l’histoire. Celle de Miranda et la mienne.

    Entretiens imaginaires ~ Peggy Ann Mourot ~ Novembre 2018

    Miranda ©PeggyAnnMourot

    Indian Ink & Watercolor ~ 30×40 ~ (private collection)

  • Peinture,  Textes

    Le vent, les arbres, le ciel ~ Acrylique ~ (collection privée)

    Le vent dans la lande, les pins qui flanchent, les épines qui tourbillonnent et l’odeur de la terre humide annonçant la pluie. Et ma nuque encore engourdie de la nuit. Je me rétracte dans mon écharpe et lève le nez vers le ciel en plissant les yeux, une douce lumière grise baigne mon visage et glisse sur mes joues.

    Le vent les arbres le ciel ©PeggyAnnMourot
    Le vent les arbres le ciel ©PeggyAnnMourot
  • Peinture,  Textes

    Cairiss ~ Acrylique sur toile ~ 46×56

    Longtemps que je n’ai pas montré d’inédit, alors voilà.
    Une peinture inachevée qui le restera, qui en fait ne l’est pas. Il m’est complètement impossible d’y toucher. Je l’ai commencée il y a plus d’un an et y revenir me semblait insurmontable, l’idée même d’essayer me tétanisait. Et puis j’ai fini par comprendre pourquoi en la découvrant de son drap et en la regardant. C’est moi que j’ai peint. Et celui qui m’a mis ces pinceaux dans les mains, mon ami, mon mentor. Celui dont les mots me guident et cette parole n’est pas figée, je ne peux pas la fixer. Je ne peux représenter ce qui nous lie dans un dessin aussi grand soit il. Je ne peux qu’en faire l’ébauche, une évocation.

    La photo n’est pas de très grande qualité, il fait gris et photographier une toile n’est pas une sinécure mais peu importe. Ce sont les mots qui comptent là.

    Cairiss ~ Acrylique sur toile ~ 46×56
    à Gabriel