Interviews,  Textes

Interview

Où je réponds à une interview, que je parle de l’art, de la vie, et du café.
Merci à Marc.
©PeggyAnnMourot

Autant le dire tout de suite, les oeuvres de cette peintre montpelliéraine ne sont pas à mettre entre toutes les mains (ou plutôt devant tous les regards). Très particulières et très sombres, monochromes la plupart du temps, elles évoquent un maëlstrom (si le terme ne te dit rien t’es gentil tu vas sur Google, merci…) flippant et quasi Lovecraftien (si le terme ne te dit rien…etc  bis) qui en met beaucoup mal à l’aise, ce qu’elle avoue adorer et qui la fait bien rire, d’ailleurs.

   Le Zoizeau, intrigué, se serait presque attendu à rencontrer une sorcière dormant dans un cercueil, et sacrifiant des chauve-souris à tout va au milieu de gousses d’ail et de crucifix inversés.

   Si cette quadra rousse certes l’a rencontré toute de noir vêtue, elle avoue pourtant avoir une vie normale, aimer rire, faire des blagues à ses amis et même cuisiner.

   Rencontre avec une artiste VRAIMENT, mais alors VRAIMENT atypique!

  Et hop!

Quand as-tu commencé à créer et qu’est-ce qui t’en as donné l’envie?

Quand. Alors. Je ne peux pas répondre à cette question simplement.

Si on parle de la partie picturale de ce que je fais désormais, il y a tout juste un an. En juin 2016.

En revanche, j’ai le sentiment d’avoir toujours créé…sous des formes peut être moins visibles qu’aujourd’hui, certes, mais à travers ma manière de vivre. Oui, je sais, ça a l’air fou-flou dit comme ça mais c’est pourtant un sentiment assez fort.Bref,. je ne peux pas répondre à cette question simplement.(rire)Il n’y a pas eu d’envie soudaine. Non. Je ne m’étais même jamais dit « Un jour je ferai ça ». Je n’y avais tout simplement jamais pensé .

En fait, je ne fonctionne pas comme ça : je fais les choses dont j’ai envie lorsque j’en ai envie, enfin, dans la mesure du possible bien sûr. Ce que je veux dire c’est que lorsque j’ai envie d’un café, je me lève et je me fais un café. Ou alors je me dis « non, trop tard, assez bu de café » et je bois une bière. Mais tergiverser des heures sur le fait que « Oh mon dieu ! Mais j’aurais tant aimé re-boire un café ! Mais il est trop tard ! Quel malheur ! Vais je apprécier ma bière du coup ? » ça, non, Tu vois ce que je veux dire ? Ca a l’air ridicule avec un café n’empêche que ça s’applique à tout dans la vie : ou tu rebois un café et tu dors pas, ou tu laisses tomber et tu bois une bière, mais tu fais pas chier le monde (et toi en premier) avec un truc stérile surtout que l’heure tourne et si ça continue tu vas rien boire du tout voilà t’es content ?  (rire)

En revanche, tout ça (l’encre de chine, la peinture, etc) est arrivé à un moment difficile de ma vie.J’étais à la fois délitée et au bord de l’explosion. Je ne le savais pas encore mais j’étais en mutation.Instinctivement j’ai commencé à m’isoler. Comme le ferait un animal blessé. Parce que c’est dans mon tempérament aussi. J’avais besoin de comprendre ce qu’il se passait, ce que j’éprouvais.La seule personne ou presque avec laquelle j’échangeais était Gabriel [Delmas]. Son rôle dans ce que je suis aujourd’hui a été majeur. Je lui dois beaucoup, personnellement, artistiquement. Il répondrait « Rien du tout » mais c’est indéniable. C’est quelqu’un qui compte beaucoup pour moi. Bref.Je ne sais plus quels furent ses mots exacts, mais il m’a dit : « Achète un pinceau.» Et puis il a parlé d’encre, de tâches, de paroi, de danser. Alors je l’ai écouté. Ca bouillonnait de partout. Et je ne me suis plus jamais arrêtée.

Au début, je crois que je ne me suis pas posée de questions. Ca sortait. Et avant que j’ai eu le temps d’y réfléchir j’avais le sentiment d’avoir toujours fait ça. Tout en découvrant chaque jour des choses sur moi, sur tout. C’est assez fou quand j’y pense, mais je n’y pense pas trop, je n’ai pas le temps.

Monochromes, tes toiles sont abstraites et généralement très dark. C’est un choix délibéré ou ça s’est fait naturellement?

Monochromes ? Pour le moment, oui, mais je ne sais absolument pas si ça sera toujours le cas demain, d’ailleurs, je ne sais rien de demain si ce n’est que je ne veux rien m’interdire.Dark…oui…on me le dit souvent. Enfin, je sais. Je ne trouve pas pourtant…

Ca n’est ni un choix ni naturel je SUIS comme ça. Du coup, j’imagine que la bonne réponse est « naturellement » ? (sourire)

Quelles émotions cherches-tu à faire passer au travers de tes créations?

Alors…me voilà bien embêtée. Je ne cherche à faire passer aucune émotion.

Je ne fais que montrer des choses. Je ne fais que dire « Regarde ! ». Je ne fais que dire « Être ».

Je vois dans l’obscurité et j’ai envie de partager ce que je vois. Je sais que tout le monde n’a pas cette acuité, ou plus exactement ne prends pas le temps de regarder à l’intérieur de soi et de laisser les yeux s’accoutumer à l’obscurité. Je ne suis qu’éclaireuse, pas messagère.

Plus jeune, tu étais très inspirée par des groupes expérimentaux comme Skinny Puppy ou Current 93…Tu penses que ce goût pour l’expérimental sombre a joué sur ta façon de créer?

C’est étrange que tu cites ces groupes…et ça n’est pas tout à fait juste (si je puis me permettre).

En fait, la musique fait et a toujours fait partie de ma vie. J’en écoute tout le temps depuis toujours. Mettre de la musique est une des premières choses que je fais en me levant avec me faire un café et la dernière chose que j’éteins avec la lumière en me couchant. Ma mère faisait de la musique enfant, l’homme que j’aime est musicien, c’est mon milieu naturel, ça m’est vital.Et donc, pour répondre à ta question, et bien non. C’est même exactement le contraire. C’est parce que je suis qui je suis que j’écoute tel ou tel type de musique, ça n’est pas la musique qui me fait moi ni ce que je crée. La musique m’influence car elle me rend heureuse, au même titre que le café, la bière, les yeux les bras et les mots de ceux que j’aime.

Côté étiquettes, je suis toujours agacée de constater que l’on parle de romantisme pour la littérature ou la poésie, de gothique de nihiliste que sais je, alors que pour la musique on bascule toujours dans le DARK. Fuck that. Je dis ça et j’utilise le terme hein…mais bon…

La mort la douleur l’horreur font partie de notre vie qu’on le veuille ou non, le nier est un comportement obsolète hérité d’une culture judéo-chrétienne blanche et vieillissante qui aime les contradictions car elle entretient son règne. Pauvres vieux blancs aigris.

Et donc oui, j’écoute de la musique dite industrielle (celle des années 70-80), de la néofolk, du punk (pas celui à crête verte qui achète des t-shirts de Crass pitié), de la noise, du black métal (oldschool) bref une flopée de trucs festifs !

Des projets artistiques en cours ou en vue?

Oui. Vivre !

Et plus sérieusement, conquérir le monde avec mes dessins (sourire).

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English version here :
https://peggyannmourot.tumblr.com/post/165155547213/interview


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